« Le pays est à l’arrêt », « On n’exporte pas avec un bilan dégradé ». À Douala, le 22 octobre 2026, le président du GECAM a dressé au Premier Ministre un tableau sans concession du climat des affaires. Voici ses observations.


Face au Premier Ministre Joseph Dion Ngute, le président du Groupement des Entreprises du Cameroun (GECAM), Célestin Tawamba, n’a pas fait de discours de circonstance. Il a fait un constat d’urgence.

Après six ans d’interruption du Cameroon Business Forum, il estime que ce n’est plus la compétitivité qui est en jeu, mais la survie même des entreprises. Le Président du patronat camerounais était l’une des grandes attractions au centre Cameroon Business Forum, quand on sait la conjoncture à laquelle fait face les entreprises Camerounaises.

Ses 7 observations au gouvernement :

1-Sur le diagnostic :« Le problème, c’est l’exécution »
« Le problème est ni le séminaire, ni le diagnostic, le problème, c’est l’exécution ». Les recommandations du CBF de 2020 sont restées sans suite. Pour lui, le forum ne sert à rien s’il ne débouche pas sur des changements mesurables;

2-Sur les routes : « Nous avons dressé nos propres barrières »
Entre Douala et Yaoundé, il faut 6 à 8 heures, 8 à 10 heures pour Bafoussam. La Nationale N°3 est devenue le symbole de l’échec. La semaine avant le forum, des usagers y ont passé la nuit. Pourtant, des péages continuent d’être perçus. Coût du transport : +11,7% en 2022, +10% en 2023, +12,3% en 2024 et plus de 15% en 2025 selon le GECAM;
3-Sur l’énergie : 2000 milliards sans lumière.
Malgré les investissements consentis dans les barrages, les entreprises restent confrontées aux coupures et au recours coûteux aux groupes électrogènes. 65% des entreprises fonctionnent au groupe;

4-Sur la ZLECAf : « On ne se projette pas à Lagos quand on ne peut pas livrer à Yaoundé »
C’est l’observation la plus forte : « L’ampleur des difficultés ne permet même pas d’envisager sereinement la ZLECAf ». Or depuis le 1er janvier 2026, nos droits de douane baissent chaque année jusqu’à suppression en 2033. « Si nous ne sommes pas prêts à exporter, d’autres seront prêts à nous vendre, chez nous »;

5-Sur la fiscalité : « On prélève beaucoup plus qu’il n’en faut »
Pression fiscale jugée excessive, avec un objectif de recettes fiscales en hausse de 12,5% dans une économie qui ne croît que de 3,5%. « Raison de plus pour maîtriser ce qui dépend de vous », lance-t-il au gouvernement.

6-Sur le foncier : « Un titre inattaquable qui peut être retiré »
Insécurité foncière totale. Le GECAM dénonce qu’« un titre foncier que la loi déclare inattaquable peut pourtant être retiré ». Une situation qui fragilise les garanties bancaires et bloque le financement de l’économie;

7-Sur la trésorerie : « Comment produire quand l’État ne paie pas ? »
Arriérés de l’État et crédits de TVA non remboursés dans les délais. « On n’exporte pas avec un bilan dégradé ». Les PME étouffées ne peuvent investir ni exporter.

Ses trois exigences pour conclure

Le president Tawamba ne demande pas une nouvelle loi. Il demande trois décisions de volonté :
Une méthode : 10 recommandations max, avec responsable, échéance et indicateur, et un bilan public dans 6 mois. « Faisons du CBF un lieu où l’on rend compte et non un lieu où l’on parle »;
Un budget 2027 où l’investissement progresse plus vite que le fonctionnement, pour la première fois depuis 10 ans;
Un calendrier public d’apurement de la dette intérieure.

Le message est clair : sans actes, le dialogue public-privé restera, selon les mots de l’économiste Hervé Mpouamze, « l’économie de la promesse non tenue ».

Dim Dim

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